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Comment les centres spécialisés de l’obésité misent sur l’activité physique adaptée. Exemples à Nancy, Lille et Rouen

L’activité physique adaptée gagne du terrain

L’obésité, de manière générale, entraîne bon nombre de dérèglements physiques et mentaux et est associée à l’apparition de maladies métaboliques. L’activité physique fait désormais partie intégrante de la prise en charge de ces pathologies.

Depuis 2012, 37 Centres spécialisés en obésité (CSO) se sont créés sur le territoire. Thibaut Batisse, coordinateur administratif national des CSO, a vu les centres évoluer rapidement : “On peut dire qu’il y a trois filières de prise en charge : chirurgicale, médicale et pédiatrique.”

Pour Thibaut Batisse, la prise en charge de l’obésité par l’activité physique s’est largement développée ces dernières années, même si certaines disparités existent dans les centres spécialisés :  “Au commencement, il n’y avait quasiment pas d’APA dans les CSO. Aujourd’hui, environ 60 % des centres ont pu embaucher au moins un professionnel. Et cela va vite devenir une norme, car c’est indispensable au même titre qu’un suivi diététique. L’APA fait partie intégrante du cahier des charges des CSO et dans quelques années, elle se retrouvera au sein d’encore plus de CSO, et non plus uniquement sous forme de partenariat extérieur, au même titre que le suivi diététique ou psychologique”, précise-t-il.

80 % des patients adhèrent au programme

La science est en effet de son côté. Dans son expertise collective Activité physique, prévention et traitement des maladies chroniques, publiée en 2018, l’Inserm relève que “les effets de l’activité physique sont bien démontrés aussi bien concernant la diminution de la mortalité, l’amélioration des complications et des facteurs de risques”.

Sur le terrain également, les bénéfices sont visibles. Enseignante APA dans l’unité Médico-chirurgicale obésité sévère du CHU de Lille, Elodie Guilbert remarque que les patients ayant commencé une activité avant une chirurgie bariatrique (chirurgie visant à réduire les apports caloriques) récupèrent plus vite : “On appelle ça la préhabilitation. Un mois avant une chirurgie, on propose une prise en charge physique afin d’avoir un capital musculaire optimal. Puis on continue après un délai post-chirurgie. Et on note que les patients sont moins essoufflés, moins fatigués. Ils le disent d’eux-mêmes.” 

Le jeu fait partie des leviers utilisés pour engager les patients dans un programme d’APA comme à la Clinique Claude Bernard d’Ermont (95).

Mais avant de se mettre à une activité physique, il faut convaincre. Jason Dijoux, éducateur APA au CSO de Haute-Normandie, rattaché au CHU de Bois-Guillaume (76), juge la partie théorique de la prise en charge des patients primordiale. “Ils prennent consciences des enjeux de l’APA au quotidien. Marcher plutôt que prendre la voiture, monter les escaliers… En général, au bout de 6 mois, 80 % d’entre eux ont adhéré au programme car ils en éprouvent des bénéfices.”

Séances d’activité physique, autonomie et montre connectée

Ce programme mise sur un suivi de 2 mois et demi à raison de 2 séances d’activité par semaine avec Jason, et une séance en autonomie où le professionnel peut suivre les efforts via une montre connectée.La séance libre, en autonomie, est représentative de la motivation de chacun. Celui qui fait des efforts dans son coin a toutes les chances de poursuivre.”

L’importance de la motivation, c’est aussi la priorité de Thibaut Batisse à Nancy, dans ses programmes : “Ils me disent au début ‘Avec moi, vous perdez votre temps’, ‘Ce n’est pas pour moi, je n’ai jamais fait de sport’, puis quand on leur explique l’APA, et qu’ils passent à la pratique, le discours change. ‘Je ne pensais pas que je pouvais faire.’ Il faut avoir un discours où l’on propose d’adapter en fonction du temps et des envies plutôt qu’en imposant. Par exemple, plutôt que de dire “il faut faire 3 séances par semaine”, on va demander si la personne peut marcher pour aller au travail, pour voir un proche. Adapter le quotidien, et on y arrive.” Son mot d’ordre avec les patients : “Nous sommes en bas de l’escalier, mais on va le monter ensemble.”

Assurer une pérennité de l’activité en dehors des programmes

Durant le confinement, les CSO ont dû se réorganiser. “À mon avis, nous ne sommes pas près de refaire des séances physiques de manière classique. L’éducation thérapeutique du patient peut se fait à distance dans les CSO. Certains CSO ont pris part à un PCO national : Programme confinement obésité”, détaille le coordinateur administratif des CSO. Pour permettre à tous de ne pas décrocher, Elodie Guilbert a même créé un site avec des vidéos explicatives. À Rouen, Jason Dijoux a également lancé des vidéos avec des exercicessous forme de musculation avec des chaises, des circuits training. L’idée, c’est comment créer un peu de matériel avec peu de choses. Dans tous les ateliers, on donne aussi des tâches à faire à la maison. Pour qu’ils instaurent ça dans leur quotidien.”

Faire durer le plaisir de l’activité physique, voilà l’enjeu pour tous ces professionnels qui doivent assurer une pérennité de l’activité en dehors de leurs programmes. “C’est difficile de faire un suivi personnalisé, mais heureusement, on a de plus en plus de structures qui font de l’APA et qui peuvent proposer des activités aux patients qui sortent des CSO. Elles ont des professionnels diplomés, et cela évite d’avoir un risque cardio-vasculaire”, développe Jason Dijoux.

Pour exemple, Elodie Guilbert à Lille a développé un partenariat avec le club Activités détente loisirs monsois” pour assurer le relais hôpital-ville avec de la marche nordique. “Ce qui est agréable, poursuit l’enseignante APA, c’est de les croiser plusieurs années après et de voir qu’ils ont adopté de bonnes résolutions. Là, on se dit que tout le monde a gagné.”

Vincent GUERRIER

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