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Le vélo connecté en résidences séniors : bon pour le moral, la tête et les jambes

Pédaler et voyager grâce à la réalité augmentée

Faire marcher les jambes pour mieux faire marcher la tête. Des “vélos d’appartement” connectés et cognitifs s’installent dans les résidences seniors et les Ehpad. A destination d’un public fragilisé par la vieillesse, la maladie ou le handicap, ces innovations technologiques permettent l’accès à une activité physique et cérébrale adaptée grâce à une approche ludique et stimulante. « Nous avons développé notre vélo à la demande des directeurs d’Ehpad qui rencontraient des difficultés à motiver les personnes en résidence. Beaucoup restent en effet en fauteuil toute la journée parce qu’elles ont peur de tomber ou par manque d’envie. Dans les établissements, on trouve parfois des salles de motricité mais les résidents y sont souvent réfractaires », raconte Xavier Fleury, directeur des opérations associé de la société Cottos Medical, basée en Pays de la Loire (Avrillé – Maine-et-Loire).

Paysages de montagnes, de bords de mer ou de villages ensoleillés ? Grâce à la réalité augmentée, les tours de pédales se transforment en invitation au voyage. Installé dans un fauteuil, le sénior dirige lui-même son véhicule avec un guidon et s’immerge dans ces différents univers, projetés sur un écran en face de lui. Il peut aller où bon lui semble, à gauche, à droite ou même s’arrêter et faire demi-tour.

La double-tâche au cœur des projets

Ces octogénaires, nonagénaires, parfois même centenaires retrouvent ainsi une liberté de mouvement qu’ils n’avaient plus depuis longtemps. « Ces personnes dépendantes redécouvrent le plaisir de faire du vélo et reprennent goût à l’effort. D’un point de vue médical, notre vélo permet en outre d’améliorer les capacités cognitives du sujet grâce à l’expérimentation de la double-tâche », commente Xavier Fleury. Ainsi, la personne âgée doit pédaler mais pas seulement. Elle doit également se projeter dans l’univers proposé, anticiper les obstacles et diriger son vélo. La double-tâche est aussi le fer de lance du vélo cognitif développé par Rev’Lim (Limoges) depuis 2010 et commercialisé en 2017. « L’idée est de donner accès aux bienfaits de la double-tâche aux personnes fragilisées », explique Nicolas Troubat, son fondateur, Docteur en Sciences dans le domaine de la physiologie de l’effort.

Sur son vélo, la personne âgée pédale tout en effectuant des jeux sur une tablette tactile. Ces jeux ont tous été spécifiquement développés pour faire travailler une fonction du cerveau (la logique, la mémoire, le temps de réaction…). « On sait que l’activité physique est bonne pour le cerveau. On sait aussi que les activités cognitives optimisent les fonctions du cerveau ciblées lors de cette activité. Nous pensons que faire les deux en même temps permet d’obtenir encore plus de résultats », développe Nicolas Troubat.

Temps d’échanges et encouragements

Concrètement, comment ça marche ? Le CycleoOne (Cottos) est une expérience immersive mais également sociale et collective. Le sénior s’y installe seul ou avec un accompagnateur et choisit sa promenade. « On a installé autour du vélo deux petites tables, un salon de thé. Les résidents passent, s’arrêtent pour regarder, s’assoient autour de la personne qui pédale. Ils l’encouragent et suivent sa balade sur l’écran. Ca met vraiment de l’ambiance ! », s’enthousiasme Aurore Guiton, infirmière de la résidence Bel-Air à La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique) où le vélo a été installé début 2020.De son côté, Rev’lim propose son vélo ainsi que des séances d’accompagnement avec l’un des professionnels en activité physique adaptée. Durant une demi heure, la personne âgée est seule, en tête-à-tête avec l’animateur. « Ces séances ouvrent des temps d’échange, d’écoute active avec la personne. Nous proposons une prise en charge basée sur les activités physiques et cognitives adaptées, dont le vélo est le support », précise Nicolas Troubat.

Des données d’activité physique pour assurer un suivi personnalisé

Selon Mélissa Breuihl, animatrice à la Résidence fleurie à l’Isle (Haute-Vienne), ces séances intimistes sont très bénéfiques pour les résidents. « Ces activités sont bonnes pour les capacités cognitives et le maintien d’une bonne condition physique, mais surtout, elles permettent de faire de l’individuel alors que c’est pratiquement impossible dans une structure telle que la nôtre. On n’a le temps que pour du collectif. Le groupe, c’est bien, mais l’individuel, c’est très important, ils en ont vraiment besoin ». 
L’animateur de Rev’Lim vient chaque semaine dans cette résidence. « Pour chaque séance, on récupère un certain nombre de données objectives sur la personne, comme sa vitesse moyenne, la distance parcourue, la durée de l’exercice ou les performances dans les jeux comme l’exactitude et le temps de réaction. Les animateurs en APA font également un retour sur le comportement de la personne durant la séance : s’arrête-t-elle, pourquoi, à quel moment… », développe Nicolas Troubat. Ces retours serviront pour la prochaine séance et peuvent par ailleurs mettre en exergue un trouble qui n’avait jusqu’alors pas été observé.

Idem pour le CyceloOne. « Les établissements reçoivent chaque semaine un reporting sur l’utilisation du vélo par les résidents. Celui-ci détaille le nombre de kilomètres parcourus, pointe une baisse d’allure ou un temps de pédalage plus long par exemple. Ces données permettent d’affiner la prise en main du vélo en fonction de chaque utilisateur », précise quant à lui Xavier Fleury. Les données concernent la balade mais également les ateliers cognitifs qui ponctuent les différents parcours.

Activité physique et estime de soi

Les résidences observent un surplus d’estime de soi et de confiance en soi chez les résidents qui utilisent ces vélos intelligents. « Le vélo est devenu l’activité phare de la résidence. Au départ, je pensais que c’était trop moderne pour ce type de public, mais pas du tout. Ils sont tous tellement contents ! Le rendez-vous avec l’animateur les oblige à être ponctuels, à se repérer dans le temps. Ils se familiarisent avec un écran, s’entretiennent physiquement. Certains résidents ne participent à aucune autre activité physique, mais veulent faire du vélo ! », raconte Mélissa Breuihl. « Ils discutent du vélo entre résidents, s’y rendent par petits groupes pour pratiquer ensemble. C’est super pour le bien-être moral, la collectivité, la curiosité. Le vélo joue aussi sur l’estime de soi, affirme Aurore Guiton. La preuve, les résidents ont chacun reçu un diplôme avec le nombre de kilomètres parcourus et celui-ci est toujours très en vue chez eux, ils en sont fiers. »

Dorothée Duchemin

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