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Obésité et diabète. Le CHU de Clermont-Ferrand teste une thérapie digitale

Par Alexandre Mazéas, Doctorant et chercheur, Kiplin, Laboratoire SENS, INRAe Clermont

Prévalence et changement de comportement

L’obésité est aujourd’hui considérée comme l’un des plus grands risques sanitaires dans le monde avec plus d’un adulte sur deux en situation d’obésité ou de surpoids dans les pays occidentaux selon le rapport de l’OCDE de 2017.

En France, quasiment un adulte sur deux est soit en surpoids ou en situation d’obésité (47 % de la population) selon les dernières conclusions d’une étude menée par la ligue nationale contre l‘obésité (en juin 2021).

Parallèlement, le diabète de type 2 (DT2) – associée au surpoids et à l’obésité – est une comorbidité fréquente qui touche 5 % de la population française de moins de 65 ans et 15 % des français de plus de 65 ans.

Quelles sont les principales causes de cette cartographie ? L’inactivité physique et les comportements sédentaires excessifs sont les principaux facteurs évitables du développement de l’obésité et du DT2. Pour contrer le fléau de la sédentarité, les parcours de soins cherchent à inviter davantage les patients à adopter un quotidien plus actif.

Toutefois, les programmes actuels d’activité physique adaptée (APA) peinent à engager les patients (contraintes logistiques dans l’établissement de soin, éloignement patient-établissement dans certaines régions, coûts, mode présentiel…) et à les aider à maintenir une activité physique régulière à la fin de la prise en charge.

De nouvelles thérapies sont donc à l’étude pour favoriser un changement de comportement efficace et durable.

L’utilisation d’interventions digitales (ou compagnons numériques) pourrait offrir de nouvelles perspectives pour répondre aux limites des programmes actuels classiques.

Le CHU de Clermont-Ferrand veut évaluer l’efficacité et la pertinence médico-économique d’une thérapie digitale


Le CHU de Clermont-Ferrand et le laboratoire grenoblois Sens mènent actuellement un essai clinique (baptisé DIPPAO : pour Digital Intervention Promoting Physical Activity among Obese people) avec la start-up Kiplin, éditeur de jeux de santé connectés centrés sur les bienfaits de l’activité physique.

Objectif : évaluer l’efficacité et la pertinence médico-économique d’un programme d’activité physique connecté centré sur la gamification dans le traitement de l’obésité et du DT2.

Cette étude a pour objectif de répondre à trois questions distinctes :

– L’intervention Kiplin est-elle efficace pour la promotion de l’activité physique et l’amélioration de la santé des patients en comparaison avec un programme d’activité physique adapté (APA) classique ?

– Quels sont les mécanismes psychologiques sous-jacents de l’intervention ?

– Le programme Kiplin est-il plus efficient d’un point de vue médico-économique que la prise en charge traditionnelle ?

Cette étude est la première à évaluer l’efficacité et la pertinence médico-économique d’un programme d’APA connecté comportant des éléments de gamification en comparaison d’un traitement de référence en présentiel dans la prise en charge de l’obésité et du DT2.

Programmes d’APA connectés ou programmes classiques ?

Dans l’essai DIPPAO, le programme connecté est comparé à la prise en charge traditionnelle en APA du service de médecine du sport du CHU de Clermont-Ferrand.

Les deux programmes – d’une durée de trois mois – sont conduits en parallèle et les patients inclus dans l’étude sont aléatoirement répartis dans l’un des deux groupes.

Au total 50 patients seront inclus dans cette étude. Les premiers patients ont été inclus en juin 2021.

Le protocole complet, le carde théorique et les objectifs scientifiques de l’étude feront prochainement l’objet d’une publication dans un journal scientifique

Le programme Kiplin, fondé sur des connaissances scientifiques et théories du changement de comportement, est composé de séances live en visioconférence et de plusieurs dispositifs d’activité physique connectés basés sur le principe de la gamification.

Une récente méta-analyse (cf référence en pied d’article) a démontré que les interventions digitales gamifiées étaient particulièrement intéressantes pour augmenter l’activité physique des individus. L’essai DIPPAO vise à confirmer la pertinence sanitaire de la gamification.

D’autre part, la prise en charge traditionnelle du CHU de Clermont-Ferrand est composée de trois séances APA individuelles par semaine pendant trois mois.

Données cliniques et données de vie réelle

Les deux programmes sont comparés sur une multitude de paramètres cliniques tels que :

– la composition corporelle
– la condition physique
– la qualité de vie.

Plusieurs questionnaires permettront d’investiguer l’influence des programmes sur certaines variables psychologiques, telles que :

– la motivation
– le plaisir perçu
– la discrimination perçue.

Les coûts et dépenses engendrés par les différents programmes seront également passés au crible.

En outre, des données de vie réelles sont récoltées par l’intermédiaire d’accéléromètres et de montres connectées afin d’évaluer l’activité physique et le niveau de sédentarité des patients de manière objective en contexte de vie quotidienne.

Ces données de vie réelles permettront de déterminer les trajectoires individuelles des patients et l’impact de la thérapie sur le changement de comportement tout au long du programme.

De plus, l’ensemble de ces paramètres sera à nouveau mesuré après une période de suivi de six mois afin d’évaluer le devenir des patients après la fin de l’intervention.

Atouts et retombées du projet pluridisciplinaire

Ce projet pluridisciplinaire vise plusieurs objectifs en :

– psychologie de la santé
– médecine comportementale
– sciences des activités physiques et sportives
– médico-économie
– psychologie sociale.

Les connaissances novatrices développées dans le cadre de cette étude seront valorisées dans des revues scientifiques internationales et permettront d’en apprendre plus sur les facteurs explicatifs de l’acceptation et de l’efficacité d’un programme de promotion de l’activité physique auprès de patients souffrant d’obésité et de DT2.

Sur le plan sanitaire, si les hypothèses des chercheurs se vérifient, ce projet permettra d’envisager des améliorations dans la prise en charge des populations ciblées en permettant :

– d’avoir une intervention plus efficiente (efficacité augmentée et réduction des coûts liée à la diminution de l’accompagnement par un professionnel APA en présentiel)

– d’adresser un plus grand nombre de patients et, en particulier, les patients les plus éloignés des dispositifs d’APA classiques.

Références

  • Mazeas A, Duclos M, Pereira B, Chalabaev A. Does gamification improve physical activity? A systematic review and meta-analysis. J Med Internet Res (forthcoming).
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