Le sport sur ordonnance gagne du terrain

Activité physique Prévention Santé au Travail & QVT
7 minutes
Lancé en 2016 et revu en 2022, le dispositif du sport sur ordonnance permet aux médecins de prescrire des séances d’activité physique. 20 millions de français peuvent être concernés.
Lancé en 2016 et revu en 2022, le dispositif du sport sur ordonnance permet aux médecins de prescrire des séances d’activité physique. 20 millions de français peuvent être concernés.

Qu’est-ce-que le sport sur ordonnance ?

Et si le sport ou plutôt l’activité physique pouvait se prendre aussi facilement qu’une petite pastille le matin au petit déjeuner ? A défaut de gélules miracles, le dispositif « Sport sur ordonnance » permet aux médecins de prescrire des séances d’activité physique à leurs patients.

Première étape du parcours
La consultation médicale d’activité physique chez un médecin. Ce rendez-vous permet de réaliser une évaluation médicale et de vérifier que le patient ne présente pas de contre-indications. L’ordonnance mentionnera ainsi les préconisations d’activité et le type d’intervenant.

Deuxième étape
Le patient se dirige ensuite vers un professionnel de l’activité physique habilité à dispenser un bilan et des séances adaptées (au sens, adaptées aux besoins de chacun en fonction du profil, de la pathologie, des activités physiques…).

20 millions de français concernés
Depuis ces 5 dernières années, ce dispositif gagne du terrain. A son lancement, en 2016, 10 millions de français pouvaient en bénéficier. Depuis début 2022,
20 millions de français peuvent être concernés. On parle ici de thérapeutique non-médicamenteuse.

Affections Longue Durée et maladies chroniques
Initialement réservée aux personnes souffrant d’une affection longue durée (cancer, diabète, sclérose en plaques, maladie d’Alzheimer…), la
prescription d’activité physique adaptée s’étend aux patients atteints de maladies chroniques (obésité, d’hypertension ou de dépression), avec des facteurs de risque ou en perte d’autonomie. Il s’adresse également aux problématiques de santé mentale.

Ce nouveau cadre est défini par la Loi Sport (LOI n° 2022-296) du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport en France.

Qui prescrit ? Qui dispense les séances ?

La case départ passe forcément par un médecin. Comme pour un médicament, les objectifs de progression (contrôle du poids, amélioration de la force musculaire, amélioration des capacités cardio-respiratoires…) et la posologie (combien de séances par semaine, à quelle dose, etc.) sont définis lors d’une consultation destinée à mesurer la motivation du patient, son niveau d’exercice habituel et ses capacités à pratiquer une activité physique.

Un bilan de condition physique et motivationnel sera ensuite établi :

o estimation de l’état de motivation du patient
o évaluation de l’aptitude physique et psychologique
o évaluation du niveau de risque cardio-vasculaire
o évaluation des autres risques du patient à la pratique d’une activité physique
o estimation de l’intensité des séances envisagées.


Qui peut dispenser les séances d’activité physique adaptée ?

– Des professionnels de santé : masseurs kinésithérapeutes, ergothérapeutes ou psychomotriciens

– Des professionnels titulaires d’un diplôme spécialisé dans le domaine de l’activité physique Adaptée (APA)

– Des professionnels et personnes qualifiées ayant des prérogatives pour dispenser une activité physique adaptée aux personnes en ALD

– Des professionnels titulaires d’une certification délivrée par une fédération sportive agréée

Où pratiquer les séances ?

Les séances d’activité physique adaptées peuvent être pratiquées :

– au sein d’un établissement de soins ou d’un centre de rééducation
– dans des équipements adaptés (ex. : piscine)
– dans des clubs de sport labellisés (si celui-ci dispose d’un encadrement par un éducateur sportif qualifié)
– à domicile, en étant encadré par un enseignant en activité physique adapté
– en présentiel ou distanciel (applications mobiles, jeux connectés, séances à distance…).

Le rôle des territoires

Régions, départements, villes

De plus en plus de régions – sous l’impulsion des Agences Régionales de Santé (ARS) – mettent en place des dispositifs de soutien à l’activité physique adaptée sur leur territoire : Prescri’mouv (dans le grand Est), Quel Sport Docteur ? (en Hauts-de-France), On y va ! (en Pays de la Loire), Mon Sport santé en Paca, Occitanie Sport santé (en Occitanie), Forme sur Ordonnance en Auvergne Rhône-Alpes…

Même chose du côté des Départements, à l’image du Vaucluse qui offre aux personnes affectées ou ayant été affectées par le cancer, des ateliers d’Activité Physique Adaptée (APA) sur place ou à domicile.

Enfin, les villes jouent également leur rôle. Pionnière sur ce sujet, Strasbourg a proposé aux villes européennes intéressées de constituer un réseau du sport santé sur ordonnance, afin de mutualiser les expériences sur le sport santé sur ordonnance.

Les maisons sport-santé

Dans ce parcours de soins centrés sur les bienfaits de l’activité physique, les Maisons Sport Santé servent également de nouveaux repères.

Depuis 2019, 436 Maisons Sport-Santé ont été créées en France. Leur objectif est d’accompagner des personnes malades ou éloignées de la pratique sportive qui utilisent l’activité physique à des fins de santé. Elles sont désormais présentes sur l’ensemble des départements métropolitains, avec en moyenne 4 à 5 établissements par départements.

Ces maisons sport-santé assurent un rôle d’information et d’orientation du public concernant la pratique de ces activités physiques adaptées, mais également de mise en réseau et de formation des professionnels de santé, du social, du sport et de l’activité physique adaptée.

Le sport sur ordonnance est-il remboursé ?

Autant le sport sur ordonnance gagne du terrain, autant la question de son remboursement avance à pas de tortue. Malgré ses bénéfices avérés, la pratique du sport sur ordonnance n’est pas remboursée par la Sécurité sociale.

Le gouvernement est censé présenter au Parlement avant le 1er septembre 2022 un rapport sur la « prise en charge par l’assurance maladie des séances d’activités physiques adaptées ».

Les assurances et mutuelles

Certaines assurances et mutuelles commencent à jouer le jeu en proposant un remboursement total ou partiel du bilan ou des séances d’activité physique adaptée. Il existe autant de formules que d’acteurs :

– Prise en charge d’un bilan complet et personnalisé
– Remboursement jusqu’à 500€ par an et par personne
– Remboursement de 15 à 50 euros par séance pour 10 séances/an.

Les collectivités territoriales

Comme le mentionne le site Sport-sur-ordonnace.fr, certaines collectivités territoriales proposent des aides financières pour les séances de sport des personnes atteintes d’une affection longue durée. Strasbourg, Paris, Biarritz ou encore Blagnac en font partie.

La majorité de ces villes assure une prise en charge partielle ou totale du programme d’APA et une tarification selon le quotient familial.

Encore une fois, et à titre d’exemple, à Strasbourg « Les personnes entrant dans le dispositif sport-santé sur ordonnance peuvent en bénéficier trois ans. Aucune participation financière n’est demandée la première année au bénéficiaire. Pour les deux années suivantes, la ville de Strasbourg a mis en œuvre le principe de la tarification solidaire avec une participation financière calculée en fonction du coefficient familial. »

Bien-être, santé et réduction des coûts

Malgré les enjeux de santé, de qualité de vie, de bien-être, de gain d’autonomie ou d’espérance de vie, le chemin du sport sur ordonnance ressemble parfois à une véritable course d’obstacles.

De nombreux freins restent à lever, à commencer par la sphère politique qui avance de deux pas en avant puis un pas en arrière sur ce sujet.

D’autres embûches existent comme l’énergie nécessaire pour la mise en place des créneaux sport santé dans les structures et associations sportives, le temps de trajet, la difficulté à impliquer des médecins prescripteurs… Un constat souligné par l’ONAPS (Observatoire National de l’Activité Physique et de la Sédentarité). La multiplicité des acteurs, des dispositifs et des aides participe également à un certain manque d’efficacité.

Néanmoins, les choses avancent et les effets bénéfiques de l’activité physique pour soigner (cancer, obésité, maladies-cardio-vasculaires, dépression, fatigue, diminution de toxicité des traitements…) ne sont plus à démontrer. Pour les acteurs publics et le monde de l’entreprise, le sport sur ordonnance ouvre une nouvelle voie sur le chemin de la santé pour tous.

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