Santé

Activité physique adaptée et obésité. Les patients progressent pas à pas, point par point.

Une autre manière d’intégrer l’activité physique adaptée

4 381 764 pas, soit plus de 3 000 km. C’est le résultat du jeu réalisé pendant une dizaine de jours (automne 2019) au sein de la clinique Claude-Bernard d’Ermont (Ramsay santé), dans le Val-d’Oise. Cette clinique prend en charge des patients dans le cadre de la chirurgie bariatrique.

L’idée est simple : intégrer l’activité physique dans les habitudes des patients. “Il s’agit d’un programme de challenges”, explique Benoît Fagnou, référent de l’activité physique adaptée (APA) chez Kiplin. “Tous les mois, les participants ont accès à une animation à laquelle ils jouent en équipes, et c’est le nombre de pas réalisés, comptés par le téléphone qu’ils gardent dans la poche, qui fait gagner des points. Basé sur l’accéléromètre, le podomètre des smartphones permet de mesurer les déplacements actifs et l’activité physique réalisée à la maison comme le ménage, une séance d’activité physique adaptée…”

Parmi les jeux proposés, un voyage entre la Terre et la lune pendant lequel les participants doivent débloquer des indices en marchant et en misant sur l’esprit d’équipe.

Un jeu pour faciliter le déploiement du programme d’APA

Les #PasPillons, les #mêmepaspeur, les #Balancetonpas… Dix équipes de quatre personnes ont participé à cette première : soit 14 patients en pré-op, 18 en post-op, 2 hors chirurgie et 6 soignants.

Caroline Lamanthe, psychologue, a lancé cette initiative centrée sur les bienfaits de l’activité physique dans le parcours patient : “Ici, ils en entendent beaucoup parler : je leur en parle, la kiné, Valérie Champain, l’aborde en atelier, même le cardiologue leur en touche un mot”, avant d’ajouter “la première expérience n’avait pas été concluante. Il s’agissait d’un programme en présentiel qui ne touchait que 3 à 5 personnes par séance. Les faire revenir à la clinique, proposer un seul horaire, ce n’est pas pratique parce que les gens habitent loin ou parce que l’heure ne leur convient pas forcément”, explique Caroline Lamanthe.


En revanche, l’application a immédiatement plu. “C’était une belle surprise de voir ces patients si motivés. Et même nous, soignants, nous nous sommes pris au jeu”, confie la psychologue.

Des habitudes de vie qui changent grâce au collectif

Le facteur interactif joue un grand rôle. “L’équipe est très motivante, de même que le fait de pouvoir communiquer via une messagerie. L’un booste l’autre quand il voit son camarade lâcher un peu. Sans compter que dans l’équipe, si chacun ne fait pas un minimum, ça enlève des points”, expliquent les

“Depuis que j’ai ma montre, je fais en moyenne 2 000 pas de plus par jour” Jusqu’à, un jour, aller à la salle de sport “jusqu’à 23 h sans même gagner des points”, raconte la psychologue.

L’objectif visé n’est pas une question de volume d’activité physique mais de travailler sur le changement de comportement. “Là, il s’agit de patients qui vont se faire opérer, qui sont donc déjà dans une optique de changement”, soutient Benoît Fanou. La chirurgie bariatrique n’est pas une baguette magique : il faut aussi adopter les bons comportements. “Et pour anticiper l’opération, il faut avoir une condition physique correcte.” Et après ? L’application permet aux patients une année de suivi. “Nous, ce que l’on veut voir, c’est s’ils arrivent à maintenir cette activité physique sur plusieurs mois”, précise Caroline.

De manière générale, l’activité physique adaptée gagne du terrain dans les centres spécialisés en obésité comme à Lille, Nancy et Rouen.

Lever les freins et mesurer l’impact du programme

Plus de 70 % des testeurs ont progressé pendant le challenge, dont huit d’entre eux au-delà de 100 %. “La première, une patiente en pré-op, marchait 25 000 pas par jour !” se félicite la psychologue.

L’aspect ludique et le discours adopté par les soignants permettent de lever un certain nombre de freins parmi lesquels l’utilisation du smartphone : “Certains ne sont pas connectés, ils ont peur de l’utilisation de leurs données – qui sont hébergées comme des données de santé, anonymisées s’ils le souhaitent -, d’autres voient l’application comme un dispositif de sport et ne se sentent pas capables”, liste Benoît Fagnou. “C’est pour ça qu’avoir une psychologue comme cheffe de projet est une aubaine.”

Avant leur entrée dans le programme, les patients peuvent discuter de ces freins avec la kinésithérapeute. “Je les aide à trouver des solutions à leurs oppositions : “Je n’ai pas le temps, j’ai mal là…” Celui qui a des douleurs de dos va pouvoir participer à son niveau et rapporter quelques points, c’est très valorisant”.

Objectif : inclure 120 patients en 2020

Les patients se voient expliquer qu’il ne s’agit pas de faire du sport, mais de simplement bouger ou marcher. Avec l’application, ils peuvent participer quand ils le souhaitent, répartir leurs efforts dans la journée. “Beaucoup ont mis des choses en place, comme descendre du bus une ou deux stations plus tôt, prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur…” énumère Caroline.

“Le seul frein, au niveau de l’activité physique, c’est le patient qui va vouloir en faire trop”, relève toutefois la kiné. “Celui qui peine, on peut le rattraper avec la notion d’équipe, ou l’appeler si l’on voit que l’appli n’a pas été ouverte depuis un moment. Mais ceux qui vont trop y mordre risquent de se blesser.” En 2020, la clinique entend inclure 120 patients dans ce type de programme d’activité physique adaptée connectée.

Léa DALL’AGLIO

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